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Internet à très haut débit : le torchon brûle entre SFR et la région Grand Est

Le déploiement de la fibre optique en France, ce vaste chantier lancé par François Hollande qui promet de couvrir l'Hexagone en très haut débit d'ici à 2022 est tout, sauf un long fleuve tranquille. Et dans certaines régions, il déchaîne même les passions.

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Internet à très haut débit : le torchon brûle entre SFR et la région Grand Est

 

Chantier travaux pose tirage câble fibre optique.
Chantier et travaux de pose et tirage de câble de fibre optique. - Patrick ALLARD/REA

La région Grand Est s’apprête à sélectionner NGE-Altitude pour déployer le très haut débit dans sept départements.SFR, qui était candidat, menace de déployer son propre réseau en concurrence avec celui de la région Grand Est.

Le déploiement de la fibre optique en France, ce vaste chantier lancé par François Hollande qui promet de couvrir l'Hexagone en très haut débit d'ici à 2022 est tout, sauf un long fleuve tranquille. Et dans certaines régions, il déchaîne même les passions. La région Grand Est en est une belle illustration, vu la bataille qui vire au bras de fer avec SFR.

L'opérateur du tycoon Patrick Drahi s'est porté candidat à l'appel d'offres lancé par cette région en vue d'obtenir la délégation de service public pour y déployer l'Internet à très haut débit dans sept départements (Ardennes, Marne, Haute Marne, Meurthe et Moselle, Meuse, Vosges). Ce n'est pas n'importe quel type de contrat. Avec 900.000 prises de fibre optique, pour un coût de chantier atteignant 1,3 milliard d'euros, c'est le plus gros « RIP » de France, ces réseaux d'initiative publique cofinancés par les collectivités territoriales et les opérateurs privés, pour déployer la fibre dans les zones les moins denses du territoire.

SFR, Orange et Axione, perdants de l'appel d'offres

Seulement voilà : a priori, SFR est plutôt mal parti pour le remporter. Orange et Axione, qui avaient aussi postulé, ont été éliminés dès le premier tour. Et selon nos informations, c'est NGE-Altitude qui, pour l'heure, a les faveurs de la région Grand Est. La procédure est toujours en cours : il ne manque plus qu'un vote de la commission permanente pour confirmer ce choix, le 13 juillet prochain.

Apprenant la nouvelle, le président de SFR Michel Combes, furieux, s'est fendu d'un courrier adressé dimanche à Philippe Richert, président du conseil régional du Grand Est, où il met en cause la procédure de sélection. « D'après certaines informations, l'analyse des offres ne se ferait pas dans les conditions d'objectivité et de neutralité indispensables à toute procédure visant l'obtention d'une concession de service public », pointe-t-il, dans sa lettre, dont « Les Echos » ont eu connaissance, se réservant la possibilité d'un recours.

Déclarez-nous vainqueur, sinon on plante votre réseau !

Et ce n'est pas tout. Il menace même carrément de construire son propre réseau, à côté de celui de NGE-Altitude, sans subventions publiques donc. Normalement,dans les zones les moins denses du territoire, il est prévu qu'un seul réseau soit construit. Il est ensuite ouvert aux opérateurs télécoms (SFR, Orange, Free...) pour qu'ils y commercialisent leurs offres (Internet, téléphonie, télévision).

Mais pour SFR, il est hors de question d'utiliser le réseau d'un autre. « Si notre offre n'était pas retenue, nous vous informons que le groupe SFR ne sera pas client de votre éventuel réseau, écrit Michel Combes, et entreprendra dans les prochains jours des déploiements FTTH (fibre jusqu'à l'abonné, NDLR) sur fonds propres pour couvrir l'intégralité du territoire concerné d'ici à la fin 2020. »

Mieux encore, il ajoute qu'Orange et le Crédit Mutuel, partenaire financier de SFR, « ont confirmé vouloir être clients de notre réseau, ce qui signifie que les business plans soumis par notre concurrent (NGE-Altitude, NDLR) à votre appel d'offres ne sont probablement pas atteignables. » Orange dément cependant tout engagement de ce type dans une telle hypothèse. Mais le message de SFR est clair : déclarez-nous vainqueur, sinon on plante votre réseau ! Une méthode plutôt cavalière. « Nous avons un sentiment de Far West », disait récemment Sébastien Soriano, président de l'Arcep, sur la manière dont se déploie le très haut débit sur le territoire. Un bon résumé de la situation, manifestement.

Fabienne Schmitt